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Central Paris — building-level canopy coverage. Red = exposed, green = adequate shade.

L’Europe suffoque, et 83 % de ses bâtiments sont sans protection

Dr Thami Croeser · Analyse à l’appui de Croeser, Rahman & Ghosh (2026), Nature Communications

En mars, nous avons publié un article dans Nature Communications sur les canicules. Et justement, une vague de chaleur historique écrase Paris en ce moment, et la situation n’est guère plus rassurante en Allemagne, en Italie ou en Espagne. Londres aussi est touchée.

Hier, en lisant ce qui se passait en France, j’ai pensé à tout ce béton et cet asphalte brûlants dans chaque ville, et j’ai décidé de lancer une analyse massive pour cartographier précisément combien de bâtiments dans chaque ville disposent de suffisamment d’ombre pour protéger leurs habitants. Je m’inquiétais des effets mortels d’« îlot de chaleur urbain » qui se produisent quand de grandes surfaces d’asphalte et de béton chauffent — et restent chaudes — dans les parties non ombragées des villes.

Mon analyse a réussi à couvrir bon nombre des villes les plus touchées par la chaleur en ce moment et… le résultat est tout simplement sidérant.

Je vais surtout laisser les cartes parler d’elles-mêmes, mais les conclusions sont brutales :

  • 83 % des logements et lieux de travail n’ont pas la canopée arborée minimale pour éviter les effets les plus graves de la chaleur.
  • La plupart d’entre nous ne sont même pas proches de niveaux de protection suffisants. Dans la majorité des villes étudiées, plus de la moitié des bâtiments disposent de moins de la moitié de la canopée nécessaire autour d’eux.
  • Les quartiers défavorisés sont systématiquement bien plus exposés, tant en termes de chaleur que de faible couvert arboré.
  • Les quartiers correctement ombragés sont de 4 à 10 degrés plus frais que les points chauds observés dans chaque ville.

Ce que j’ai mesuré

J’ai cartographié la canopée arborée dans un rayon de 60 mètres autour de chaque bâtiment dans 25 villes européennes. J’ai analysé 5,5 millions de bâtiments en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Portugal, en Grèce et au Royaume-Uni. Nous cherchions le seuil de sécurité thermique de 30 % de couverture arborée : le strict minimum pour réduire les dangereux effets d’« îlot de chaleur » qui se produisent quand il y a trop d’asphalte et de béton exposés. Pour huit villes, nous disposons de données haute résolution (0,2 m) issues de l’Environmental Insights Explorer de Google, où un modèle d’apprentissage automatique identifie spécifiquement les arbres à partir d’imagerie aérienne. Pour les autres villes, nous utilisons un jeu de données de hauteur de canopée à 1 m sans filtre de hauteur — ce qui signifie qu’il compte toute la végétation détectée, y compris les haies, les arbustes et les bordures de pelouse, pas seulement les arbres d’ombrage. Nos résultats sont donc généreux, en particulier pour ces villes. Soixante mètres, c’est la zone critique, proche du domicile, où l’ombrage a le plus d’impact. En dessous de ce seuil, l’effet rafraîchissant est négligeable. Un beau parc à trois rues de chez vous ne sert pas à grand-chose quand votre rue est une mer de goudron sans ombre.

5,5M

Bâtiments analysés

83%

En dessous du seuil de canopée

25

Villes européennes cartographiées

7–37%

Des citadins français dans des zones chaudes et défavorisées

Le classement

Une seule ville — Nice — parvient à placer plus de la moitié de ses bâtiments au-dessus du seuil (56 % protégés), grâce à la végétation de ses collines. Après cela, la situation se dégrade rapidement. La pire est Sevilla — une ville qui atteint régulièrement 44 °C — où 99 % des bâtiments sont en déficit.

Quelques points saillants :

  • Paris : 82 % des 119 000 bâtiments en dessous du seuil. Couverture végétale moyenne dans un rayon de 60 m : 19,5 % — mais rappelons que cela inclut pelouses et haies, pas seulement les arbres d’ombrage.
  • London : 93 % des 1,5 million de bâtiments. Ces données datent de la canicule du 26 mai — celle qui sévit en ce moment.
  • Lyon : 75 % en dessous du seuil — dans une ville qui a atteint 41 °C cette semaine.
  • Les villes allemandes sont les meilleures d’Europe (54–80 % en dessous), Cologne et Hambourg bénéficiant d’une végétation de jardins étendue. Les villes méditerranéennes et le Royaume-Uni sont les plus mal lotis (64–99 %). Dans tous les cas, le déficit est critique.

À quelle distance sommes-nous du compte ?

Ce n’est pas seulement que la plupart des bâtiments sont en dessous du seuil — c’est à quel point ils en sont loin. Dans la plupart des villes, la moitié de tous les bâtiments ont moins de 10 % de canopée à proximité. Ce n’est pas un petit écart à combler. On parle de tripler la couverture arborée à proximité des habitations.

Déplacez le curseur ci-dessus. Même avec un objectif minimal de 20 % d’ombrage, la situation s’améliore à peine pour de nombreuses villes.

Les quartiers pauvres sont plus exposés

Cette vague de chaleur n’est pas vécue de la même façon par tous. À l’aide de données nationales sur la précarité, j’ai vérifié si les zones les plus défavorisées supportent un fardeau thermique plus lourd. (Toutes les villes ne sont pas représentées — ce projet a démarré mardi, et nous n’avons pas pu obtenir des données de température et/ou de revenus adaptées pour chaque ville dans un délai aussi court.)

C’est le cas. Dans la quasi-totalité des villes.

À London, les quartiers les plus défavorisés sont nettement plus chauds et disposent de nettement moins de canopée. À Marseille, la corrélation entre revenus et chaleur est encore plus forte (rho = −0,57). À Birmingham, les zones les plus défavorisées ont 35 % de canopée en moins que les moins défavorisées.

Ce n’est pas la densité le problème — les endroits frais sont souvent denses

Voici le résultat qui devrait changer notre façon de penser le verdissement urbain.

J’ai comparé des quartiers de densités résidentielles similaires (environ 50 logements par hectare) et trouvé des écarts de température de 4 à 10 °C entre ceux qui disposent d’une canopée suffisante et ceux qui en sont dépourvus. À Paris, l’écart est de 9,8 °C. À Birmingham, de 6,7 °C.

Ce sont des zones urbaines denses. Des appartements, des commerces, des bureaux. La différence ne tient pas à la densité — mais au fait que quelqu’un a préservé les arbres, ou a réussi à les faire planter.

En fait, nous avons trouvé des sites remarquables où coexistent des pôles d’activité et une densité résidentielle raisonnable, tout en restant frais. Explorez ces pépites pour chaque ville ci-dessous.

Note sur la temporalité. Les températures de surface utilisées dans cette analyse ne proviennent même pas de la canicule actuelle, plus sévère. Les images du satellite Landsat nécessitent environ une semaine de traitement, de sorte que les données thermiques proviennent de vagues de chaleur précédentes — l’été 2024 pour la plupart des villes continentales, le 26 mai pour la récente canicule printanière record au Royaume-Uni. La répartition spatiale des îlots de chaleur est stable d’une canicule à l’autre, mais les températures absolues actuelles sont pires que ce qui apparaît dans ces graphiques.

Trois obstacles pour des villes plus fraîches

Dans notre article paru dans Nature Communications (en accès libre), nous identifions trois obstacles que la foresterie urbaine doit franchir pour que les arbres puissent réellement rafraîchir les villes :

  1. La canopée doit être proche des habitations — Les moyennes de 15–20 % de couverture arborée à l’échelle d’une ville masquent la réalité : les logements individuels en ont bien moins. Un parc à deux quartiers de chez vous ne rafraîchit pas votre appartement. Un problème central est que les arbres sont souvent plantés très espacés en milieu urbain. Ces données le rendent visible pour la première fois à l’échelle du bâtiment.
  2. Les arbres ont besoin d’espace pour grandir, et d’eau — Beaucoup des zones les plus chaudes et les plus dépourvues de canopée sont aussi les plus imperméabilisées. Un arbre planté dans une fosse d’un mètre carré entouré d’asphalte ne produit qu’une fraction du rafraîchissement d’un arbre disposant d’un volume de sol et d’un apport en eau suffisants.
  3. Les arbres ont besoin d’une bien meilleure protection — Un arbre nouvellement planté ne produira pas d’ombre significative avant 15 à 20 ans. Les canicules qui frappent l’Europe aujourd’hui ont été déterminées par des décisions de plantation (ou de non-plantation) prises il y a une génération. Chaque arbre mature que nous perdons aujourd’hui est irremplaçable dans tout horizon temporel qui compte.

Ces enjeux méritent qu’on s’y attarde : la différence que fait la canopée est considérable.

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Méthodologie complète, sources de données et validation : Méthodes & Données →

Analyse spatiale inédite par Dr Thami Croeser, juin 2026. Données : Meta/WRI 1m canopy (2020), Landsat 9 LST (30m), BD TOPO / Overture Maps buildings, INSEE Filosofi / IMD 2025 / GISD deprivation indices. Analyse réalisée à l’appui de : Croeser, T., Rahman, M. & Ghosh, A. (2026). Urban forestry for cooler cities faces three critical hurdles. Nature Communications.

 

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Unpublished analysis by Dr Thami Croeser, June 2026